Gaétan Provost a reçu l'ordre de la Ville de Sainte-Anne-de-Bellevue de ne plus s'adresser à aucun employé municipal. (Photo: Jacques Pharand)
La Ville sort les gros bras
Litige à Sainte-Anne-de-Bellevue entre élus et un citoyen
La Ville de Sainte-Anne-de-Bellevue a décidé de prendre les grands moyens et a envoyé une mise en demeure à Gaétan Provost qui lui demande de ne plus adresser la parole à aucun employé municipal.
Cette décision a été prise par le directeur général de la ville, Martin Houde et est approuvée par le maire, Bill Tierney. L'administration municipale juge que le comportement de M. Provost est harcelant à l'endroit des élus, notamment lors des séances du conseil.
Cette lettre signée par l'avocat de la ville, Karl Sacha Langlois, a été envoyée le 17 juin à M. Provost, un natif et commerçant de Sainte-Anne-de-Bellevue qui habite Senneville.
On peut y lire: «Il a été porté à notre attention que vous avez tenu des propos désobligeants et agressants envers certains employés de la Ville à plusieurs reprises. L'administration municipale (…) juge votre comportement agressif. Considérant votre comportement harcelant, désobligeant et vos paroles invectives, nous exigeons formellement que vous cessiez d'adresser la parole à tout employé municipal.»
Lorsqu'il a reçu cette lettre, Gaétan Provost a tout de suite contacté son avocat afin de répliquer. Dans sa réponse il nie vigoureusement ces allégations, il demande à la Ville de se rétracter et se réserve alors tous droits et recours.
«Il appert des informations soumises par celui-ci qu'en aucun temps il a eu un comportement désobligeant, agressant ou harcelant envers un employé de votre cliente. Ce dernier a toujours eu des relations courtoises envers les employés de votre cliente (…) et il entend faire de même dans le futur. Il appert également qu'il n'a jamais eu d'avertissements verbaux de la part de votre cliente quant à de prétendus comportements répréhensibles », peut-on y lire.
La tension entre M. Provost et le maire Tierney est parfois élevée. Les deux hommes se connaissent bien pour avoir été opposés dans l'histoire des horodateurs au centre-ville.
«Si je les écoutais parler, c'est comme si je les avais bousculés, indique Provost. Je critique, mais je n'ai jamais été agressif. C'est complètement absurde d'empêcher les gens de donner leur opinion. Pour moi, c'est clairement un SLAP, une tentative de me faire taire en me menaçant de poursuite.»
Vieilles connaissances
Le maire Tierney a été pendant 35 ans professeur au Cégep John Abbott et il a déjà enseigné à Gaétan Provost. «C'est une jeune très intense, qui a pris comme croisade l'affaire des horodateurs et est souvent en désaccord. Mais ce n'est pas correct ce qu'il fait, ce n'est pas normal dans un monde civilisé», a dit le maire, après la dernière séance spéciale du conseil.
Durant celle-ci, il y a justement eu un moment où le ton est monté entre les deux hommes. Ne comprenant pas un point expliqué par le premier magistrat, Gaétan Provost lui a demandé de s'expliquer plus clairement et a ensuite abdiqué: «Je suis désolé, je n'avais pas bien compris.»
Tierney, visiblement exaspéré, lui a alors répondu sèchement: «Oui c'est vrai, vous n'aviez vraiment pas bien compris M. Provost.»
Dossier en attente
Questionné à savoir pourquoi la Ville a envoyé une mise en demeure à Gaétan Provost, le maire Tierney explique que la décision a été prise pour protéger ses employés.
«On aimerait avoir une bonne relation avec tout le monde, mais comment on peut se protéger contre cela? Il faut savoir se contrôler. C'est un homme qui a ses opinions, mais il faut quand même qu'il respecte les élus. Avec la lettre, on veut simplement un minimum de respect», dit-il.
La Ville n'a toujours pas indiqué si elle allait se rétracter ou non, suite à la réponse de M. Provost. Celui qui a demandé la mise en demeure, le directeur général, est revenu de vacances lundi dernier.
Rejoint à son domicile en raison d'un congé de maladie, Me Sacha Langlois a affirmé ne pouvoir donner aucun commentaire sur le dossier, car il pourrait y avoir des procédures judiciaires. Ce que n'écarte pas non plus Gaétan Provost.