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De l'histoire du syndicalisme au Québec

Entrevue avec Jacques Rouillard

Marie-Hélène Verville par Marie-Hélène Verville
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Article mis en ligne le 20 février 2009 à 14:43
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De l'histoire du syndicalisme au Québec
Le livre L'expérience syndicale au Québec est publié chez VLB éditeur. (Photo: Jacques Pharand)
De l'histoire du syndicalisme au Québec
Entrevue avec Jacques Rouillard
Lock-out, salariés, pouvoir d'achat, classe moyenne et récession mondiale. L'ouvrage de l'historien et professeur Jacques Rouillard, lancé la semaine dernière, tombe à point dans l'actualité.
L'expérience syndicale au Québec relate en dix textes l'histoire des syndicats, des débuts au 19e siècle à aujourd'hui, à travers les thèmes de ses rapports à l'État, la nation et l'opinion publique. «Le présent n'existe pas, il est le fruit du passé, des forces qui nous ont façonnés. Il faut connaître ces forces qui nous façonnent pour nous libérer, pour faire des choix plus judicieux pour l'avenir», explique Jacques Rouillard. Autour d'un café, la discussion a porté sur l'appauvrissement des travailleurs depuis les trente dernières années. Car l'institution a perdu des plumes depuis l'avènement du néo-libéralisme. Et ce sont les travailleurs qui paient, constate l'historien.

Nombreux sont les Québécois qui échangent leur force de travail contre un salaire. En fait, ils constituent entre 80 et 85% de la population active. «Le syndicalisme est une force sociale extrêmement importante, même si elle est sur la défensive depuis un certain temps», note Jacques Rouillard, résidant de Dollard-des-Ormeaux. «Ce que je constate depuis trente ans, c'est qu’ici, au Québec comme au Canada, comme aux États-Unis, les salaires réels n'augmentent pas. Cela ne s'est jamais produit auparavant. Même pour les travailleurs syndiqués, les augmentations de salaire se comparent à l'augmentation des prix. Donc, pas d'amélioration du pouvoir d'achat. La conséquence: pour avoir un revenu décent, il faut que les deux personnes travaillent par unité familiale, il faut s'endetter beaucoup. Ils ont l'impression qu'ils améliorent leur niveau de vie en s'endettant.» Les taux de syndicalisation, eux, ont également chuté de façon draconienne, passant de 37,7% en 1986 à 29,7% en 2007 au Canada.
La mauvaise réputation
Pour le présent ouvrage, Jacques Rouillard a analysé des centaines de sondages sur la perception qu'a le public des syndicats, qui ne font pas bonne figure présentement. «Plusieurs personnes jugent qu'ils ont une force adéquate, alors qu'ils sont très faibles. Et d'autres, même s'il y a un affaiblissement du syndicalisme depuis 30 ans, les considèrent trop forts.» La perception est beaucoup liée aux grèves et aux conflits patron-syndicat, juge-t-il.
Cet état de fait se voit même dans l'espace public. «Les salariés sont disparus. Ils font partie de la classe moyenne maintenant. Dans l'analyse sociale, dans les journaux, ils sont dans une classe moyenne informe dont, nous disent le patronat et le gouvernement, l'amélioration du sort dépend de la baisse des impôts, et non pas de l'augmentation des salaires. Jusqu'au début des années 80, on tenait compte de la situation des salariés, qui n'ont pourtant jamais été aussi nombreux que maintenant.»

Mais le vent pourrait bien tourner, croit-il, en faveur du mouvement syndical et des salariés, maintenant que la crise met en relief les ratés du libre marché. En octobre dernier, dans le quotidien Le Devoir, Jacques Rouillard faisait des parallèles entre la crise actuelle et celle de 1930. C'est cette époque qui a vu apparaître le Wagner Act, loi qui a facilité la syndicalisation des travailleurs aux États-Unis. Le remède de cheval que l'État devra administrer aujourd’hui pourrait bien être le même: hausse de la consommation par la hausse des salaires.

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