(Photo: Jacques Pharand)
Mille machinistes manifestent
«ACE et Air Canada pillent nos fonds de pension», «ACE se liquide et nous liquide», «Air Canada, au secours des plus riches!», les slogans n’étaient pas tendres lors de la manifestation qui a mobilisé mille machinistes devant l’aéroport de Montréal, mercredi dernier.
Devant l’imminence de la dissolution de Gestion ACE aviation inc., société de portefeuille dont relèvent Air Canada (75%) et Aveos, les membres de l’Association internationale des machinistes et des travailleurs et travailleuses de l’aérospatiale (AIMTA) craignent pour leur fonds de pension déficitaire. «ACE a été créé en 2004, à même les fonds d’Air Canada. Pourquoi l’argent s’en irait aujourd’hui à des actionnaires qui laisseraient derrière eux un fonds de pension (aux employés) avec un déficit de près de 3.7 milliards?», se demande Marcel Saint-Jean, président de la section locale 1571 de l’AIMTA.
En fait, s’il le faut, L’AIMTA entend poursuivre en cour civile chacun des membres du conseil d’administration d’ACE. «Après avoir vendu les meilleurs acquis d’Air Canada (Jazz, Aeroplan et ACTS), ACE s’apprête à être dissoute avec pour effet des bonus alléchants pour les hauts dirigeants et une ristourne aux actionnaires, on est tannés, le pillage de notre fonds de pension c’est terminé!», déclare Marcel Saint-Jean.
Selon Chuck Atkinson, président du local 140 de l’AIMTA, c’est grâce à la générosité des employés qu’Air Canada existe encore aujourd’hui. «Les employés ont beaucoup donné en 2003 et 2004, alors que la compagnie sombrait presque dans la faillite…Ils ont permis à Air Canada de rembourser la dette du fonds de pension (qui s’élevait alors à 800M$) sur 10 ans. Il reste 5 ans à payer», affirme le militant.
ST:Liquidation et dissolution d’ACE?
Le lendemain de la manifestation, le 19 mars, ACE annonçait le rachat de toutes ses actions privilégiées. «Gestion ACE Aviation inc. a annoncé aujourd’hui les résultats finaux de son offre préalablement annoncée visant le rachat indirect, aux fins d’annulation, de toutes ses actions privilégiées en circulation… ACE a racheté 1 million d’actions privilégiées à un prix de rachat total de 20M$ (20$ l’action), conformément aux conditions de l’offre», peut-on lire dans un communiqué émis par ACE.
De plus, le 2 mars dernier, ACE avait annoncé le report de son assemblée des actionnaires qui était prévue le 7 avril «au cours de laquelle les actionnaires étaient censés se prononcer sur le plan d’arrangement préalablement annoncé visant la liquidation et la dissolution d’ACE». Les machinistes craignent que l’entreprise ne se dissolve et que le trou de 3,7 milliards au fonds de pension ne demeure.
«Après le scandale Enron, voici le scandale Milton», peut-on lire sur une pancarte «polie» à l’égard du P.D.G. de Gestion ACE aviation, Robert Milton. Cet homme d’affaires américain qui est d’abord devenu P.D.G. d’air Canada en 1999, aurait, selon les manifestants, mené à sa perte le transporteur aérien et aurait quitté le pays il y a un an avec une petite fortune.
Du côté d’ACE, un porte-parole unilingue anglophone, qui a reçu la consigne de ne pas donner son nom aux médias, affirme qu’ACE se conforme entièrement aux règles du Bureau du surintendant des institutions financières Canada. «Dans les circonstances économiques actuelles, tous les fonds de pension ont des rendements négatifs», poursuit le porte-parole.
Au-delà du fonds de pension, les mille machinistes se préoccupent de l’avenir d’Air Canada et des 22 000 emplois que le transporteur offre. «En se dissolvant, ACE va laisser Air Canada sans liquidités», explique Marcel St-Jean. «Qu’adviendra-t-il de la compagnie? C’est nos emplois qui sont en jeu!»
MICHEL BOISVERT
Commentaire mis en ligne le 22 mars 2009merde