«Pourquoi est-ce une assemblée de consultation si on n’a aucun pouvoir?»
Il y avait foule lundi soir dernier à la salle du Conseil d'arrondissement de L'Île-Bizard-Sainte-Geneviève. L'assemblée publique de consultation a réuni plus de 70 citoyens. Des gens se sont même serrés à l'arrière de la table du conseil, faute de places.
L'assemblée de consultation, qui précédait la séance ordinaire du conseil, portait principalement sur le changement de zonage, d'agricole municipal à résidentiel, d'un grand terrain situé à l'arrière du parc Eugène-Dostie. Jusqu'à 400 maisons y seront érigées dans les prochaines années.
Au début de la séance, le secrétaire d'arrondissement Mohamed Saâd Moumni a lu une lettre d'une dame qui ne pouvait se présenter, mais qui s'oppose «catégoriquement» au projet. La salle a alors applaudi. Cela a donné le ton à la soirée. Plusieurs s'inquiètent de l'impact de nouvelles constructions sur les infrastructures, que ce soit l'aqueduc ou l'absence de transport en commun, ou le fait qu'une seule sortie est possible à l'île. «Pourquoi ne pas construire le nouveau pont avant de construire 400 logements de plus à île?» a demandé un homme. Beaucoup souhaiteraient conserver cette zone verte, des boisés de valeur et des milieux humides sont présents dans cette zone. Près de 30% de la zone n'est pas propice à la construction, selon le conseil d'arrondissement.
Trois périodes de questions qui ont été nécessaires afin d'entendre tout le monde: pendant la séance de consultation, au début et à la fin de la séance du conseil ordinaire qui a suivi. Le règlement a d'ailleurs été adopté lors de la séance ordinaire du conseil, et avant la troisième période de questions. Plusieurs citoyens ont contesté, et demandé que leur voix soit prise en compte. «Pourquoi est-ce une assemblée de consultation si on n’a aucun pouvoir?», a lancé une citoyenne excédée. Trois citoyens se sont prononcés en faveur du projet.
Les conseillers présents ont répondu à toutes les questions. C'est la conseillère Diane Gibb qui a mené la séance, vu que le maire Richard Bélanger était à l'hôpital. «Le propriétaire a un droit acquis de 800 lots sur ce terrain», a-t-elle fait valoir. «Nous devons être en conformité avec le zonage de la Ville de Montréal. Le propriétaire pourrait nous poursuivre», a affirmé le conseiller François Robert à plusieurs reprises lors de la séance. «Nous préférons négocier plutôt qu'aller en cour, et risquer de se faire imposer le projet. De cette façon, nous pouvons négocier une piste cyclable et le pourcentage de territoire conservé.» Environ la moitié de la zone sera conservée aux fins de parc, selon l'arrondissement.
Il n'y aura pas de seconde lecture du règlement ou d'approbation référendaire. Le projet est adopté et le zonage entrera en vigueur lorsque le maire signera les documents relatifs à l'adoption. Cela a soulevé plusieurs questions dans l'assemblée. «Vous êtes nos élus. Que pouvons-nous faire pour stopper ce projet», a plaidé une jeune fille, chaudement applaudie.
Un ensemble de changements de zonage au cours des années a créé la situation actuelle. En 1975, la zone était résidentielle et a été subdivisée en 800 lots. En 1978, la zone a été protégée par la Commission de protection du territoire agricole (CPTAQ). En 1991, après des négociations avec la CUM, ce territoire a été enlevé de la zone protégé. Cette année-là d'ailleurs, le territoire protégé par la CPTAQ à l'île Bizard a fondu de moitié. L’administration municipale de l’époque, a alors décrété le territoire en question d’«agricole municipal».
Il est intéressant de préciser que les terres agricoles sont beaucoup moins taxées que les terres résidentielles.
En 2004, la Ville de Montréal a «zoné» le terrain comme étant résidentiel. Donc, le changement de zonage actuel est officiellement un arrimage à celui de la Ville de Montréal. Voilà pourquoi l'approbation référendaire n'était pas nécessaire.
Diane Gibb a promis la tenue d'une séance d'information lorsque les plans du futur quartier seront connus, dans les prochaines semaines. Selon la conseillère, les négociations entre l'arrondissement est le propriétaire des lots, Village de l'Île Inc., compagnie dont Placements Grilli est la principale actionnaire, ne sont pas encore terminés.