Plusieurs bâtiments historiques se trouvent au Parc du Bois-de-la-Roche. (Photo: Jacques Pharand)
Qu’advient-il du parc du Bois-de-la-Roche?
Un projet de parc agricole qui tarde à venir
En 1991 la Communauté urbaine de Montréal (CUM) achetait les terres des descendants du Sénateur Forget à Senneville, promettant d’en faire un parc agricole pour le public. Presque 20 ans plus tard, Montréal n’a toujours pas de projets précis pour ce territoire inclus dans la zone agricole permanente.
«Nous regrettons de ne pas avoir racheté la terre lors qu’il en était encore temps», affirme Talbot Johnson, petit-fils du richissime Louis-Joseph Forget, premier francophone à présider la Bourse de Montréal. Lors de la transaction de 6M$ avec la CUM, Monsieur Johnson était le président de Bois-de-la-Roche inc, compagnie composée des descendants de l’illustre homme d’affaires. Une clause de l’entente stipulait que, si le parc agricole n’était pas ouvert au public après cinq ans, du moins en partie, les propriétaires pouvaient racheter la terre à un moindre prix. Ce qu’ils n’ont pas fait.
Ainsi, presque 20 ans plus tard, ce territoire agricole de 190 hectares (la grandeur du parc du Mont-Royal), en grande partie constitué de sol arable d’excellente qualité, ne sert toujours à personne. «La Ville de Montréal n’en prend même pas soin, déclare Monsieur Johnson, qui vit toujours à proximité. Il faut couper l’herbe et le foin!»
Le parc agricole du Bois-de-la-Roche s’étend entre le chemin de l’Anse à l’Orme et la rue Philips. Des bâtiments de ferme datant du tournant du siècle dernier s’y trouvent, dont plusieurs sont l’oeuvre des frères Maxwell, architectes réputés. Ce domaine rural, très représentatif des fermes de l’Ouest-de-l’Île de l’époque, a été exploité jusqu’en 1991. 60% est toujours à vocation agricole et le reste est à l’état naturel.
«C’est un site de toute beauté et il faut permettre au public d’en profiter, tout en s’instruisant sur l’agriculture», explique Léo Viau, grand passionné du projet et qui veille à sa réussite depuis près de…40 ans. Le retraité qui a vécu toute sa vie à Senneville a accueilli Cités Nouvelles dans sa demeure de la rue Philips jeudi dernier. «Cette rue a été construite pour héberger les employés des grands domaines», explique l’ex-menuisier qui malgré la retraite, travaille toujours sur les propriétés environnantes.
De hautes piles de documents, placées sur sa table de cuisine, témoignent de la longue durée et de la complexité de cette démarche entamée en 1969. À cette époque, des citoyens, et plus particulièrement les familles liées au domaine du Bois-de-la-Roche, ont commencé à se préoccuper de l’avenir du patrimoine agricole de la région. Après quelques ébauches, une proposition de parc écologique a pris forme, et c’est Léo Viau, qui était alors conseiller municipal, qui a pris en charge le dossier. «Au tout début, certains ont proposé un projet de jardin zoologique, explique en souriant le Sennevillois. Mais le concept de parc écologique a rapidement pris le dessus.»
En 1976, l’arrivée au pouvoir du Parti québécois fait avorter le projet qui était sur le point de se réaliser. Heureusement, en 1979, la Loi sur la protection du territoire agricole entre en vigueur et les terres sennevilloises deviennent protégées contre le développement à outrance qui sévit dans la région. De plus, quelques années plus tard, cette terre arable est de surcroît protégée par la loi 100 qui veille sur les sols de grande qualité. «Les gens ne se rendent pas compte de la quantité de cette belle terre qui a disparu sous les bulldozers dans les 40 dernières années», s’exclame Léo Viau, en précisant qu’il ne reste désormais que 2% de terres cultivables au Québec.
En 1987, le célèbre écologue, Pierre Dansereau, démontre la nécessité de créer à cet endroit une institution muséale portant sur l’agriculture et affirme que ce serait une première au Québec. Dans son mémoire, l’homme de science explique que les citadins pourraient ainsi se familiariser avec les processus de la production agricole et agro-alimentaire. Par ailleurs, les agriculteurs élargiraient leur compréhension de leur propre activité. On pressent dans ce document un lieu propice pour le développement de l’agriculture organique.
Lors de l’achat de la terre par la CUM en 1991, les propriétaires ont posé comme condition que Montréal s’engage à respecter l’idée générale du concept d’aménagement proposé par le Dr Pierre Dansereau. Interrogée sur le projet du Parc agricole du Bois-e-la-Roche, Hélène Fotopoulos, membre du comité exécutif responsable des espaces verts et bleus, affirme que le site maintiendra sa vocation agricole. «Avoir de la production agricole sur l’Île de Montréal, c’est du développement durable», déclare la politicienne. Elle admet toutefois que le parc agricole n’est pas une priorité pour Montréal pour le moment. «Nous l’avons acquis, il est protégé maintenir», poursuit la conseillère qui a pour objectif de protéger 6% de la métropole en écoterritoire. «Nous protégeons pour l’instant 5% de l’Île, dont le Bois-de-la-Roche. Notre priorité c’est l’écoterritoire dans Pierrefonds, Il y a aussi des urgences au Cap-Saint-Jacques»
Pour donner l’aval à la mise sur pied d’un véritable parc ouvert au public, la Ville aura besoin de fonds. Pour l’instant, aucune somme n’est engagée dans ce projet. Pourtant, en 2005, 8,7M$ y étaient alloués dans le plan triennal de la métropole. De plus, «les gouvernements provincial et fédéral avaient exprimé leur engagement à investir des fonds à la réalisation de ce projet», peut-on lire dans un document officiel, obtenu par <@Cités Nouvelles<@$p>.
«Quand un projet est voté, mais que l’argent n’est pas utilisé, l’argent va ailleurs», explique Madame Fotopoulos.
De son côté, le maire de Senneville, Georges Mcleish, a bien hâte de voir ce qui adviendra du parc du Bois-de-la-Roche. «Auparavant, nous obtenions de la CUM un montant annuel de 30 000$ pour des frais de services. Depuis l’avènement du conseil d’agglomération en 2006, nous n’avons plus droit à ces sommes», ajoute-t-il, considérant que Senneville devrait recevoir un dédommagement pour fournir des espaces verts à la collectivité.
De son côté, Talbot Johnson, espère que l’organisme privé, Conservation de la nature Canada (CNC), prendra un jour la relève dans le dossier et achètera le territoire à Montréal. «Nous voulions léguer cet héritage à la communauté, raconte l’octogénaire, ajoutant que Mario Grilli leur avait fait une offre alléchante, mais qu’ils l’avaient déclinée pour des raisons altruistes. Nous étions des idéalistes.»