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L’agriculture dans l’homme

Rencontre avec Roger Bibeau, cultivateur irréductible

Marie-Claude Simard par Marie-Claude Simard
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Article mis en ligne le 27 avril 2009 à 10:07
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L’agriculture dans l’homme
Le développement résidentiel se resserre autour de la maison de feu Lionel Bibeau. (Photo: Jacques Pharand)
L’agriculture dans l’homme
Rencontre avec Roger Bibeau, cultivateur irréductible
Notre série d’articles sur l’avenir de l’agriculture dans l‘Ouest-de-l’Île suscite maintes réactions chez nos lecteurs et plusieurs d’entre eux qui connaissent bien la terre de notre bout d’île, alimentent nos connaissances de leurs précieux commentaires.
Dans le texte intitulé «Zone agricole dans Pierrefonds-Roxboro», un intervenant affirmait que la terre du secteur ouest était gorgée d’eau, donc difficilement cultivable, et que l’agriculture était une chose du passé sur l’Île de Montréal. Bien que cette position représente l’opinion de plusieurs personnes, elle irrite grandement les cultivateurs du coin qui eux les ont à l’année longue, les mains, dans cette terre.

«C’est pas vrai que ça ne se draine pas ici. Il suffirait de creuser quelques fossés pour que l’eau s’écoule», un projet qui ne coûterait pas des milliards, selon Roger Bibeau. L‘agriculteur de métier cultive 80 arpents sur des terres de Pierrefonds Ouest que lui loue le promoteur Mario Grilli. «Les conditions sont idéales ici pour cultiver, on commence 10 jours plus tôt que partout au Québec.» En fait, selon M. Bibeau, c’est beaucoup plus le manque de support gouvernemental et municipal qui décourage les agriculteurs de la région métropolitaine que le soi-disant engorgement de la terre.

Dernier fils d’une famille de 10 enfants installée sur le boulevard Gouin Ouest depuis 1938, Roger Bibeau a pris la relève de son père Lionel en 1979 et a cultivé la terre familiale jusqu’à sa vente à Mario Grilli en 2002. Cette transaction ne l’a pas empêché de poursuivre son métier, puisqu’il continue de produire des fèves et des concombres à grande échelle sur des terrains désormais «zonés» résidentiels. D’ailleurs, le quinquagénaire croit fermement que lorsque la volonté est là, on peut harmoniser agriculture et développement urbain.

«Tout le monde chiale contre Grilli parce qu’il bâtit, mais en fait, c’est le seul qui m’aide. Il est favorable à l’agriculture, puisqu’il me permet de cultiver ses terres», lance le cultivateur sans hésiter. D’autres propriétaires, notamment à L’Île-Bizard, préfèrent laisser leur propriété en friche plutôt que de les louer aux agriculteurs locaux. «Les villes ont des plans d’aménagement échelonnés sur de nombreuses années, mais subitement, font exclure de la zone agricole de grands territoires de très bonne qualité. Il faut y aller plus graduellement», affirme Roger Bibeau, qui est également directeur pour la région de Montréal à l’UPA. D’autant plus que les visions et les élus changent souvent en cours de route…

Avec à son service une quinzaine d’employés, à raison de plus de 12 heures par jour durant la saison agricole, le résidant de Pierrefonds exploite désormais des champs épars, dans le secteur non développé derrière les nouvelles rues de Pierrefonds Ouest. Ses produits sont vendus principalement au marché central. «Il faut être passionné et ne pas faire ce travail pour l’argent», explique-t-il. Les caprices du climat, le «dumping» de produits californiens à prix dérisoires sur le marché durant la haute saison au Québec, le manque de subventions, font de l’agriculture un milieu qu’il ne recommande même pas à ses propres fils.

L’irréductible cultivateur habite toujours dans la maison familiale, qui a perdu quelque peu son caractère champêtre, à cause de l’explosion des constructions résidentielles aux alentours. Son kiosque de produits locaux qu’il tient sur le boulevard Pierrefonds depuis près de 25 ans a été brulé l’automne dernier. Mais, nul doute, il sera au poste encore cet été. Car s’il est possible de sortir un cultivateur de la zone agricole, il est beaucoup plus difficile de sortir l’agriculture de l’homme.

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