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La zone agricole à l'île Bizard, cas d'espèce

Marie-Hélène Verville par Marie-Hélène Verville
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Article mis en ligne le 30 mai 2009 à 8:35
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La zone agricole à l'île Bizard, cas d'espèce
(Photo: Jacques Pharand)
La zone agricole à l'île Bizard, cas d'espèce
Lors de la révision de la zone agricole au début des années 1990, la zone agricole de l'île Bizard a fondu de 45%, passant de 2267, 2 à 1038, 5 hectares.
Et dans les 1038, 5 hectares qui restent, tous situés à l'ouest de la montée de l'Église, près de la moitié des lots ne sont plus récupérables pour l'agriculture, selon le calcul fait par le journal Cités Nouvelles*, dont plus de 109 hectares ont été enlevés à la pièce. Le rapport Ouimet rendu public le 15 mai dernier le reconnaît: la proportion de terres allouées à l'agriculture en zone urbaine et autour fond comme peau de chagrin. Et l'île Bizard ne fait pas exception à la règle. Surnommée «le jardin de Montréal» jusqu'au début des années 1960, l'île subit une pression immobilière intense à présent. Depuis l'adoption de la loi sur la protection du territoire agricole en 1978, 77 décisions concernant une demande d'exclusion, d'aliénation, d'autorisation ou un droit acquis ont été émises par la CTPAQ et analysées par le Cités Nouvelles. Seules les décisions concernant la zone agricole encore existante ont été regardées, et celles dont l'objet est l'implantation d'une seule maison ou d'un garage n'ont pas été prises en compte dans le calcul. Selon Patrice Juneau de l'UPA, 80% des demandes soumises à la CPTAQ sont acceptées, et ce chiffre est assez près de la réalité observée par le journal à l'île Bizard.
Des arguments de choc
Plusieurs fois, le fait qu'un terrain soit en friche depuis des années a été souligné lors de décisions en faveur du demandeur. «C'est un truc vieux et éprouvé», soulignait Patrice Juneau, il y a quelques semaines.
Aussi, le fait d'être situé dans des zones «déstructurées», c'est-à-dire que des résidences sont situées aux alentours, joue pour beaucoup dans les décisions prises par la CPTAQ. Un exemple parmi plusieurs est la cause de Marcel Brousseau en 1994, sur une partie du lot P.139, de 1,7 hectare. L'homme a reçu l'autorisation d'y construire un petit développement résidentiel de quatre ou cinq résidences. L'UPA s'était vivement opposé au projet, la révision de 1991 était alors encore fraiche à la mémoire. «Bien sûr qu'il y a d'autres emplacements disponibles dans le territoire de l'ile Bizard. Cependant, la commission est d'avis que l'absence d'impact négatif sur l'agriculture d'un autorisation sur le site visé, compte tenu du caractère résidentiel du secteur…», peut-on lire dans cette décision. Selon une approximation faite par l'arrondissement L'Île-Bizard-Sainte-Geneviève, environ 30% des terres arabes de l'île seraient présentement en friche, apprenait-on lors d'une conférence donnée il y a quelques semaines par le conseiller d'arrondissement François Robert.
1988:l'année du grand dérangement
Lors de la révision de 1991 et suite à des discussions avec la Communauté métropolitaine de transport, un peu moins de la moitié de la zone agricole est enlevée de l'île. Il faut dire que 456,22 hectares avaient été exclus de la zone agricole en 1988, suite à une demande de portée par trois fois à la CPTAQ. Les terres appartenaient principalement au Groupe immobilier Grilli, à Henri Walsh, et Claude Blanchette, le mari de Pauline Marois. Cette superficie faisait partie des 780,5 hectares qui ont été enlevés de manière officielle en 1991. «L'exclusion demandée visait à permettre l'expansion du développement résidentiel de la municipalité, de même que l'aménagement d'un parc à caractère régional ainsi qu'un terrain de golf public», peut-on lire dans les dossiers de la CPTAQ. En effet, l'année suivante 127 hectares, qui deviendront le parc régional de l'île, ont été vendus à la Communauté urbaine de Montréal au prix fort. Ces coups d'éclat n'étaient pas passés inaperçus, la presse nationale en a fait ses choux gras pendant quelques semaines. Il faut dire qu'à l'époque, la décision de la CPTAQ allait directement contre le schéma d'aménagement et des avis de la Communauté urbaine de Montréal, selon les informations recueillies dans les archives du journal La Presse.
D'ailleurs, selon ces mêmes archives, la promesse d'achat pour le parc qui lie la Communauté urbaine de Montréal au Groupe immobilier Grilli comprenait plusieurs clauses, dont celle de «favoriser» l'exclusion de la zone agricole des terrains à l'ouest de la Montée de l'Église. Ce fut chose faite en 1991. Cette superficie sera d'ailleurs développée prochainement, le "Village de l'Île" accueillera environ 400 maisons, selon l'arrondissement l'Île-Bizard-Sainte-Geneviève. Le Cités Nouvelles a parlé de l'affaire à quelques reprises ce printemps. La construction d'une plage publique faisait aussi partie des conditions, selon ces mêmes archives. La plage de l'ile a été inaugurée quelques années plus tard.

Depuis, la valse des demandes a été un peu plus lente à l'île Bizard, 12,4 hectares seulement ont été perdus. Le Club de golf Royal de Montréal loue d'ailleurs plusieurs hectares à des agriculteurs. Cela lui permet de créer une zone tampon entre le Club de golf et de futurs développements de maisons, tel que lu dans la décision 315461 de la CPTAQ. Sous l'administration de Marinacci et de Bélanger, la ville a continué d'acheter des parcelles de terre aux fins de conservation. Des millions ont été dépenses, mais la terre coûte toujours plus cher, surtout près de Montréal. Et la suite pour l'île Bizard et sa zone agricole? La volonté politique y sera pour beaucoup, selon Patrice Juneau.



*Cela comprend la superficie des Club de golf Elm Ridge et le Club de golf Royal Montréal dans la zone agricole, ainsi que les 109 hectares perdus au fil des ans lors des demandes faites devant la Commission de la protection du territoire agricole (CPTAQ). Potentiellement, une superficie de 55 hectares détenus par la R.Howard Webster Foundation et le Club royal de Montréal servirait, en partie du moins, de terres louées à des agriculteurs. Cette superficie n'a pas été prise en compte. Les décisions concernant l'implantation d'une seule maison ou d'un garage n'ont pas été prises en compte dans le calcul du Cités Nouvelles.

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