Les entrepôts en bois ont été réduits en cendres, mercredi dernier.(Photo: Jacques Pharand)
Incendie majeur à Sainte-Anne-de-Bellevue
Yannick Malek et Alex Nicholson sont sortis en bobettes et en souliers mercredi vers minuit, lorsqu'ils ont vu les premiers signes d'incendie au bout de la montée Sainte-Marie, à Sainte-Anne-de-Bellevue.
Il était trop tard. «Le feu a pris comme dans un silo», a rapporté M. Malek au journal Cités Nouvelles, le lendemain après-midi. «À cet endroit, j'entreposais toute ma business. Et ça vient de partir en feu.» Pour le jeune homme d’affaires qui venait tout juste de partir sa propre entreprise de création de parcs pour planches à roulettes, c'est plus d'un an de travail qui est parti en fumée mercredi soir. «Juste en matériel, j'en avais pour 5000$. Je ne suis pas assuré, j'attendais le premier contrat payant. C'était le 11 juillet prochain.»
Vers minuit et quart dans la nuit du mardi au mercredi dernier, le feu a débuté dans les vieux entrepôts en bois qui ont jadis abrité la quincaillerie J.B.Daoust, au coin de la rue Sainte-Anne et de la montée Sainte-Marie, en arrière de la taverne Cousineau. Rapidement, les bâtisses adjacentes ont été touchées, ainsi que les véhicules stationnés dans la cour. L'incendie était déjà important lorsque les pompiers sont arrivés sur les lieux. À tel point que les quelques locataires des bâtisses adjacentes touchées étaient déjà tous sortis. Le Service de sécurité incendie de Montréal a rapidement donné l'alerte générale, et environ 50 véhicules et 150 pompiers ont été dépêchés sur les lieux. On rapporte qu'une personne a été incommodée par la fumée, elle a été transportée à l'hôpital. Un pompier a également souffert d'un coup de chaleur, mais a été traité sur place.
Vers 8h34 le matin, lorsque les pompiers sont partis, il ne restait que des cendres, et des carcasses de voitures carbonisées. Les entrepôts ont été entièrement détruits, une coquette résidence de la montée Sainte-Marie a été sérieusement endommagée. Les immeubles ayant pignon sur la rue Sainte-Anne sont encore debout, mais ont subi d’importants dégâts d’eau. La Taverne Cousineau, le Salon de coiffure France Denault et le restaurant Ste Anne Szechuan Thai n'ouvriront pas leurs portes tout de suite.
Et la cause?
Le feu a gagné rapidement en intensité, et la cause de l'incendie n'a pas pu être trouvée, étant donné l'état de destruction des lieux. Le dossier a donc été transmis aux enquêteurs du Service de police de la Ville de Montréal, qui étaient sur les lieux mercredi dans la journée. La rue Sainte-Anne, fermée toute la nuit entre Lamarche et Kent, a été rouverte mercredi matin. Au moment du passage du journal Cités Nouvelles, Hydro-Québec était sur les lieux pour refaire les filages et réparer un transformateur.
Des curieux étaient également sur les lieux, comme André Charrette, un résidant de la rue Legault. «La nuit passée, on est sortis sur le balcon. C'était impressionnant», explique-t-il. L'homme de 72 ans a été pompier volontaire à Sainte-Anne-de-Bellevue, à l'instar de ses deux frères et de son père. «J'ai été pompier durant 25 ans, et je pense que ces bâtiments (les entrepôts en bois) auraient dû être démolis depuis longtemps», dit-il d'un air pensif.
Un avertissement perdu
En 2005 lors d'une visite de reconnaissance dans le territoire, le service sécurité a trouvé que la structure du bâtiment des vieux entrepôts était à risque. Les pompiers en ont informé le service d'urbanisme de la Ville, à l'époque rattaché à l'arrondissement l'Île-Bizard-Sainte-Geneviève. Curieusement, cette information semble avoir été perdue lors de la reconstitution de la Ville. «Il n'y a rien dans ce dossier en ce moment», affirme le directeur général de Sainte-Anne-de-Bellevue Martin Houde, qui en a fait la vérification. Selon lui, lorsque ce genre de situation arrive, la Ville demande aux propriétaires de faire vérifier par un professionnel la solidité de l'édifice. «Il y a plusieurs bâtiments qui ne sont pas solides à Sainte-Anne-de-Bellevue», explique le maire Bill Tierney. «Nous avons pensé acheter l'endroit il y a quelques années, mais le propriétaire demandait un prix très élevé. En plus, le sol a une grande contamination de métaux lourds», explique monsieur Tierney.
Combien de personnes entreposaient leurs affaires dans ces vieux hangars en bois? Impossible de le savoir. Aux dires du maire, Sainte-Anne-de-Bellevue n'a émis aucun permis pour opérer un commerce, que ce soit un entrepôt ou autre, spécifiquement dans cette bâtisse. Il n'a pas été possible pour le Cités Nouvelles de rejoindre le propriétaire de l'endroit, monsieur Hoo, pour avoir ses commentaires. Une pancarte écrite à la main était encore affichée dans la vitrine du restaurant Ste-Anne Schechuan mercredi dernier en fin de journée, annonçant des espaces à louer.