Les patients qui franchissent les portes des urgences de l'hôpital Lachine n'arrivent plus en ambulance.
Photo Marie-Claude Simard
Levée de bouclier à l'hôpital Lachine
Ambulances redirigées ailleurs
L'hôpital Lachine, le seul centre hospitalier francophone de l'Ouest-de-l'île, verra bientôt son rôle chamboulé. Le CSSS de Lasalle et du Vieux Lachine et l'Agence de la santé et des services sociaux de Montréal restent isolés; le changement de mission ne passe pas auprès de la communauté.
Même l'arrondissement de L'Île-Bizard-Sainte-Geneviève a pris la résolution le 6 novembre dernier d'appuyer ceux qui souhaitent que l'établissement maintienne sa vocation actuelle, malgré la faible proportion de citoyens de leur territoire qui utilisent cet hôpital.
Le nœud du problème: depuis juillet, aucune ambulance ne franchit les murs de l'hôpital, faute de personnel soignant, des anesthésistes par exemple, donne comme raison l'Agence de la santé et des services sociaux de Montréal. Dans le nouveau projet, l'ouverture aux ambulances n'est pas envisagée. En fait, l'hôpital de Lachine ne s'occupera plus des soins intensifs. Le petit hôpital communautaire accueillera bientôt des services tels que des soins palliatifs, de la réadaptation, des appareils d'imageries médicales. Des services qui sont pour l'instant surtout offerts au centre-ville, affirme le CSSS de Lasalle et du Vieux Lachine. «Ce sera comme une grande clinique», s'indigne Paul Saba, médecin à Lachine et opposant au projet.
Un débat qui dégénère
La relation entre opposants et l'administration est au plus mal. Paul Saba, Théodore Kass et Ba Long Nguyen, trois médecins de l'établissement, ont reçu récemment une mise en demeure du CSSS parce qu'ils ont engagé un avocat pour étudier la validité juridique de la décision de l'administration, à savoir de ne plus accepter les patients en ambulance. Ce sont les cotisations des médecins qui paient cette opération.
De son coté, monsieur Saba parle de harcèlement et de manœuvre pour faire taire les opposants. Il voit dans le changement de cap un moyen de fermer l'hôpital à moyen terme. Il maintient que le petit hôpital est nécessaire dans la région, où la population vieillit et augmente sans cesse. «On a le potentiel de recevoir les malades qui traînent dans les corridors des urgences sur l'île de Montréal. Il faut utiliser les ressources à l'hôpital de Lachine pour servir notre population au lieu de rediriger les ambulances vers les autres hôpitaux déjà débordés.»
Médecins recherchés
Ce changement survient dans le cadre de la réorganisation des services de santé, depuis l'arrivée des CSSS, qui regroupent tous les services publics d'un territoire. Or, il se trouve que le CSSS de Lasalle et du Vieux Lachine a deux hôpitaux sur son territoire, une situation peu commune. À ce CSSS, on se défend de faire le lien entre le nouveau projet et la fermeture aux ambulances. «Cette décision a été prise parce qu'il n'y a pas assez de médecins», affirme Lyne Champoux, aux communications du CSSS de Lasalle et du Vieux Lachine.
Cette information est démentie par le conseiller de l'arrondissement Lachine, Jean-François Cloutier. «À la table sectorielle, nous avions trouvé un anesthésiste intéressé à venir chez nous, mais l'administration ne l'a jamais rappelé», affirme le politicien impliqué dans le dossier.
Le directeur des affaires médicales et universitaires à l'Agence de santé et des services sociaux de Montréal, Michel Marcil, s'explique: l'anesthésiste en question était un étranger qui n'avait pas de permis pour pratiquer ici, un processus qui peut être long et fastidieux. Et puis, ce n'est pas suffisant, croit-il, pour faire fonctionner la salle d'opération et les soins intensifs. «Il faut être réaliste. Un petit établissement comme celui qu'il y a à Lachine n'attirera pas les chirurgiens et les anesthésistes qui manquent.»
De son côté, l'Association des médecins d'urgence du Québec, qui a répondu à une question théorique posée par les opposants, croit que le centre hospitalier de Lachine pourrait avoir une urgence fonctionnelle malgré ce manque de spécialistes.
Photo Marie-Claude Simard