Selon les Éditions Jobboom, le cégep John-Abbott reçoit chaque année une centaine d'offres d'emploi pour la vingtaine de finissantes du programme technique d'hygiène dentaire.
- Photo: Stéphane Brunet<$p>
Employés recherchés, bilinguisme un atout
Perspectives d'emploi dans l'Ouest-de-l'Île
Le temps a bien changé depuis que la Bolduc, lors de la crise économique des années 1930, chantait le chômage avec un joyeux: «Ça va venir, découragez-vous pas». La situation sera tout autre pour les finissants des années 2000, dont certains domaines sont déjà en pénurie de main-d'œuvre.
Vieillissement de la population oblige, plusieurs postes devront être comblés dans les prochaines années. Cette réalité touche de plein fouet l'Ouest-de-l'Île. Sur le million d'emplois qui sont occupés à Montréal, environ 105 000 d'entre eux se trouvent dans la région, et 110 000 employés habitent ici. En clair, les municipalités du coin ne sont plus des villes-dortoirs. «Il y a autant de gens qui y entrent que de gens qui y sortent», affirme Gerry Arsenault, à la tête du CLD de l'Ouest-de-l'Île. Selon une étude commandée par Emploi-Québec, le taux de chômage de la région se situe à 5,8 %, au lieu de 9,2 % pour toute l'Île.
Des contraintes
La semaine dernière, les Éditions Jobboom ont sorti le livre sur les carrières d'avenir, qui souligne que le programme technique d'hygiène dentaire de John-Abbott reçoit une centaine d'offres d'emploi pour une vingtaine de diplômées. Pourtant, le programme est contingenté. «Nous sommes limités par l'équipement», explique la coordonnatrice du programme, Jocelyne Long. Le fait que cette profession soit majoritairement féminine contribue aussi à la demande, à cause des obligations familiales et des congés de maternité.
Cette technique n'est pas le seul programme de cégep en demande dans la région. «Nous avons aussi une forte demande pour les gens qui sortent de la Technique en administration, mais la plupart continuent leurs études à l'université», note la gérante du centre d'emploi pour étudiant à John-Abbott, Sylvie Boucher. Selon elle, les techniciens dans les domaines de l'ingénierie sont aussi appelés vers les bancs de l'université. Même son de cloche à Gérald-Godin, où les trois quarts des finissants en Technologie des systèmes ordinés poursuivront leurs études, surtout à l'École des technologies supérieures. «Il y a une pénurie d'ingénieurs universitaires, mais tout le monde va à l'université. Je crains qu'il n'y ait pas assez de techniciens dans ce domaine pour fournir la demande des employeurs», s'inquiète Sylvie Boucher. La population de l'ouest est plus scolarisée que celle du reste de l'Île, selon les chiffres d'Emploi-Québec.
Dans les parcs industriels
L'Ouest-de-l'Île manque de main d'œuvre moins spécialisée, comme le domaine manufacturier ou dans la distribution. Ces emplois, payés une dizaine de dollars de l'heure, sont surtout présents dans les parcs industriels de la région, et les employés n'ont pas nécessairement accès à une auto. Les parcs industriels d'ici sont mal desservis par les transports en commun, note Gerry Arsenault. Il donne pour exemple celui de Baie D'Urfé, qui compte 4500 travailleurs, où les quarts de travail n'ont pas de lien avec les heures de pointe des rares autobus à s'aventurer si loin du centre-ville.
«Pour habiter dans l'Ouest-de-l'Île, ça prend des sous», note le directeur général du CLD, qui explique que la grande majorité des gens y sont propriétaires. Ceux qui pourraient être intéressés par ces emplois dans la région préféreront s'exiler chaque matin au cœur de la métropole, puisque les transports en commun sont plus efficaces.
La nécessaire passation des pouvoirs
Les commissions scolaires et les CSSS devront renouveler une grande partie de leur personnel d'ici les prochaines années. Celui de l'Ouest-de-l'Île, par exemple, recrute régulièrement des pharmaciens, des préposés en bénéficiaires, des ergothérapeutes, des travailleurs sociaux, des agents administratifs. Et des infirmières, évidemment. Celles qui sont formées à John-Abbott sont particulièrement en demande, parce que la majorité d'entre elles sont bilingues. Savoir se débrouiller dans les deux langues officielles est plus qu'un atout dans la région, surtout au CSSS, qui se targue de pouvoir servir les patients en français et en anglais.
Gerry Arsenault voit arriver une compétition féroce entre les entreprises, pour aller chercher les bons employés. Est-ce que la passation des pouvoirs se ferra sans embûches des plus vieux vers les petits nouveaux? Le directeur général en doute. «Ce n'est pas un acquis que dans cinq ans les jeunes seront prêts pour toutes les postes qui vont se libérer.» C'est le cas pour les gestionnaires, mais aussi pour les gens de métier, comme ébénistes et mécaniciens. «Traditionnellement, dans ce secteur, les jeunes apprennent des vieux», affirme Gerry Arsenault.
La bouée de sauvetage; l'immigration. Le refrain est connu: pour contrer la dénatalité et faire face au fameux vieillissement, le Canada a besoin d'immigrants. Les industries d'ici importent les travailleurs hautement spécialisés, et ils sont nécessaires à l'économie de l'Ouest-de-l'Île, toujours en croissance et supportée par des travailleurs vieillissants, croit Gerry Arsenault. «Par contre, le gouvernement devrait revoir sa politique sur l'immigration. Nous cherchons présentement des gens très éduqués. Mais est-ce de cela que nous aurons besoin à l'avenir? Les gens que l'on attire ici n'ont pas toujours accès aux emplois qui correspondent à leurs attentes et à leur éducation.»