Diane Dupuis et son conjoint ont capté sur le vif une chouette rayée dans la cour de leur résidence à Pierrefonds.
Photo: Courtoisie
Visite inattendue d'une chouette rayée
Une mouette becquetant un casseau de frites, voilà une image qui décore souvent les paysages urbains, mais une chouette se gavant des entrailles d’un grand écureuil qu’elle vient tout juste d’attraper, voici un spectacle naturel fort impressionnant.
Si l’on s’extasie devant un lac où un poisson effectue une courbette hors de l’eau pour gober une mouche, on comprendra la fascination de Diane Dupuis. Celle-ci a tout vu : «Moi et mon mari déneigions l’entrée lorsque je voulus remplir la mangeoire extérieure. Arrivée derrière la cabane, j’ai aperçu un gigantesque oiseau se jeter sur l’écureuil. Il tentait sûrement de récupérer les graines tombées», raconte-t-elle.
Son mari l’ayant rejoint avec un appareil photo, s’est alors approché à une distance d'un mètre et demi ou deux. «J’avais peine à comprendre pourquoi la chouette ne se sauvait pas, a dit le résidant de Pierrefonds interloqué. Elle m’observait, calme. Dès que j’ai été satisfait de ma capture numérique, je me suis éloigné.»
Un repas sans presse
La chouette rayée, sa proie inerte entre les serres, est restée tranquillement à observer les lieux pendant plus de deux heures. À la brunante, satisfaite d’avoir été le centre d’attention du jardin, le large oiseau s’est décidé à déplacer sa capture sous un bosquet afin de ripailler.
Normand David, ex-directeur de l’Association québécoise des groupes ornithologiques, n’est pas surpris de l’événement. «C’est un volatile commun qui vit près des villes. Pendant mes 17 années à la tête de l’Association, on pouvait recevoir une ou deux photos de ce genre tous les ans», souligne-t-il.
L’amateur, couvert par 40 ans d’expérience, établit les niches de la chouette à L’île-Bizard, au Parc-nature-du-Bois-de-Liesse, bref, près des plans d’eau. Très étendue, la population de l’espèce est répartie sur tout le sud du Québec ainsi que sur le territoire américain, allant jusqu’à la Floride.
Des habitudes dérangées, mais normales
Trouver un hibou sur sa pelouse l’après-midi demeure un phénomène normal dû à la période de l’année. Les populations de ce volatile, suivant l’abondance de nourriture, se rapprochent des centres urbains en cas de pénurie. Sa demeure est évaluée à une distance de tout au plus un kilomètre. Dans la nature, l’individu doit couvrir un garde-manger allant de 10 à 30 km. La concentration d’écureuils de Pierrefonds se présente alors comme une aubaine.
Les habitudes nocturnes de l’animal s’en trouvent néanmoins ébranlées. «Si la chouette est restée immobile jusqu’au soir, c’est sûrement parce que, d’ordinaire, elle mange à la belle étoile», croit M. David
Assiette variée
Si la chouette rayée peut se permettre un gabarit de gibier comme l’écureuil, on accuse sa taille. Parmi les neuf espèces de hiboux québécois, elle occupe le rang supérieur. Derrière le harfang des neiges et la chouette lapone, tout deux de 132 cm d’envergure et le grand duc à 112 cm, l’oiseau fait 107 cm. Une mouette fait environ 90 cm, mais avec un corps beaucoup plus gracile que la chouette.
Durant l’été, il eut été plus convenable de surprendre la dame rayée croquant une brochette d’écrevisses, grenouilles, couleuvres, poissons et même des rats musqués. Cette épicerie lui confère le statut d’individu ailé au menu le plus disparate de sa caste.
Si les Amérindiens considéraient les plumes comme un cadeau venant du grand esprit, Mme Dupuis et son mari n’ont visiblement aucun contact avec l’au-delà puisqu’au petit matin, nulle trace du mystérieux visiteur ni de son festin.
Photo: Courtoisie