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Masques et miroirs

Anne Létourneau, porte-parole de l'ANEB

Marie-Hélène Verville par Marie-Hélène Verville
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Article mis en ligne le 23 février 2007 à 16:26
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Masques et miroirs
Anne Létourneau offre des ateliers avec une psychothérapeute, une fois par mois au coût de 250 dollars chaque fois. Cette approche est appelée «psychocorporelle», le plan mental, personnel, corporel et spirituel sont mis de l'avant. Photo: Marie-Claude Simard
Masques et miroirs
Anne Létourneau, porte-parole de l'ANEB
Jeune femme, la comédienne et animatrice Anne Létourneau a souffert de boulimie. Elle raconte sa longue marche vers la guérison dans son livre «La folie des douceurs». Cités Nouvelles l'a rencontrée, elle nous parle du parcours des gens, surtout des femmes, mais aussi quelques hommes, qui souffrent de ce mal méconnu.
Elle n’est pas seule, selon l’Agence de santé publique du Canada, environ 3 % des femmes souffriront d’un trouble de l’alimentation au cours de leur vie. «Devient-on anorexique ou boulimique?»

A.L. «C'est souvent dû à une grande insécurité, je crois, et des blessures très profondes. Une hypersensibilité, aussi. Une personne qui a des compulsions alimentaires va prendre toutes remarques comme si c'était la fin du monde, et en faire un grand drame. Elle s’approprie le jugement des autres et ce jugement devient la chose la plus importante dans sa vie.»



«L'isolement de ces personnes malades vient de là?»

A.L. «On s’impose une perception de la perfection et de la performance qui est tellement irréaliste. On ne peut pas accepter la moindre petite erreur de nous-mêmes. On s'associe à une image, un masque, une personnalité fausse. Et on occulte complètement la personnalité à l'intérieur. On veut tellement plaire qu'on finit par être des caméléons. Lorsqu’on se trahit comme ça tout le temps, c’est souffrant. Tu engouffres parce que tu as un grand vide en dedans. Une anorexique est son corps. Elle doit avoir le contrôle dessus. De plus, à force de ne pas manger, elles sont sur un "high". Elles deviennent presque hyperactives, c’en est une drogue. Les boulimiques vont s'anesthésier avec la nourriture. Souvent ce sont des femmes très performantes dans leur vie.»



«Et les relations amoureuses?»

A.L. «Moi, j’appelle ça des "édredonnes". C’est souvent des femmes qui aiment trop, qui se perdent dans l'autre. On ne sait pas qui est soi, on ne s’aime pas. La guérison vient quand on commence à redécouvrir son potentiel et sa beauté i sans avoir besoin que quelqu’un d’autre le reconnaisse, je crois. Et ça va très loin. Certains ont perçu, à tort ou à raison, que leurs parents ne les reconnaissaient pas assez. Ils doivent travailler ça en thérapie. Lorsqu’on réalise qu’on n’a pas besoin de la caution du monde entier pour exister, c’est la libération! (rires) C’est un long cheminement et on a toujours des fragilités après. On ne sort pas de thérapie pour devenir une rebelle!»



«Comment peut-on les reconnaître et les aider, en tant que parent, ou ami?»

A.L. «Il faut que la personne malade ait la volonté de guérir. La réalisation d'un comportement problématique vient de la personne elle-même. C’est très subtil, il faut être à l’écoute. Les confronter, ça ne marche pas, ça les fait fuir! Il y a des jeunes filles qui vont se plaindre que personne ne se soit rendu compte qu’elles allaient mal. C’est qu’on devient très habile à cacher. Par exemple, les anorexiques porteront un énorme pull, les parents qui ne font pas attention ne vont pas vraiment s’apercevoir de l’importance de la perte de poids. Socialement, cette personne s'isole, elle ne veut plus sortir, par exemple. Parfois, elle ne veut pas aller a la fête parce quelle trouve qu'elle a une livre de trop! Ces personnes ne mangent pas devant les autres, par exemple, elles ont toujours une bonne excuse. Lorsqu’on s’en rend compte, on peut s'asseoir et offrir son écoute, sans juger. Juger ou de ne pas paniquer est difficile, surtout pour un parent! Il y a de l'aide qui existe, on peut donner des pamphlets de l'ANEB, des livres, sans dire "je pense que tu es anorexique, boulimique". La personne malade doit se rendre compte qu'elle n’est pas seule au monde! Lorsque nous sommes dans nos problèmes, on pense que personne ne comprend ce que l’on vit, et on a honte, donc on se tait.»



«Quelles sont les séquelles pour les cas les plus lourds?»

A.L. «L’anorexie, tu peux en mourir. Certains doivent aller en clinique fermée, lorsque vient un point où leur vie est en danger. La boulimie amène de gros problèmes de santé, certaines personnes qui vomissent beaucoup peuvent se déchausser les dents, parce que l'acide brûle tout l'émail. Elles peuvent aussi avoir les yeux exorbités à force de se faire vomir. Certains ne peuvent plus supporter la nourriture: elles la régurgitent dès qu’elles essaient de manger. La boulimie amène aussi parfois l’hypoglycémie.»
De Paris à l'Ouest-de-l'Île
Par amour, Anne Létourneau a quitté Paris pour l'Ouest-de-l'Île il y a des années. S'il y a eu deuil de la Ville lumière à faire, madame Létourneau affirme qu'elle n'habiterait plus ailleurs. Aujourd'hui, elle donne son temps entre autres à l'organisme Partage-Action de l'Ouest-de-l'Île et à l'ANEB, qui vient en aide aux personnes vivant avec des troubles alimentaires.



Photo: Marie-Claude Simard

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