Mathieu Laberge, professeur en économie au collège Gérald-Godin, estime que le dégel des frais de scolarité est nécessaire.
Photo : Stéphane Brunet
Dégel des frais de scolarité
Professeur et étudiants se positionnent au collège Gérald-Godin
Le dégel des frais de scolarité à l’université fait partie des enjeux de la présente campagne électorale. Au collège Gérald-Godin, l’AGÉ [Association générale des étudiants] se campe sur ses positions et de l’autre côté, le professeur en économie, Mathieu Laberge, en défend une tout autre. Le choc des idées a au moins le bénéfice d’alimenter le débat.
La ferme intention de Jean Charest d’augmenter les frais de scolarité à l’université ne fait pas l’affaire de tous. Les étudiants du collège Gérald-Godin se sont prononcés pour la gratuité scolaire, le 31 janvier dernier lors d’une assemblée générale. Pour eux, même si les cégeps ne sont pas touchés par cette possible décision gouvernementale, la gratuité scolaire et le maintien du gel des droits de scolarité ne sont pas négociables.
«70 % des étudiants du collège Gérald-Godin vont à l’université, explique Mathieu Pepin, secrétaire à l’AGÉ. Ça nous touche directement. Une augmentation de 50 $ de plus par session au départ, jusqu'à concurrence de 500 $ par session, lorsque ce sera arrivé à échéance dans cinq ans, ça va coûter 3000 $ de plus pour avoir un bac. Ça devient un problème pour ceux qui désirent s’instruire et qui n’ont pas d’argent.»
Des arguments
Dans un communiqué, le président Sébastien Tellier défend l’équité intergénérationnelle. «Pendant dix ans, une génération d’étudiants aura eu accès à une éducation sans frais excessifs et les futures cohortes devront débourser 1000 $ de plus par an. L’accès égal à l’éducation est ainsi mis en péril puisque la hausse de frais de scolarité peut nuire aux citoyens à faible revenu.»
Il trouve paradoxal que les étudiants soient taxés dans une société où on impose très peu les entreprises pour stimuler l'économie. «Qui gèrera ces entreprises, et assurera la relève, sinon les étudiants? Ils font déjà leur part en assurant un avenir au Québec.»
Autres points de vue
Par contre, le professeur Mathieu Laberge, qui était, il y a dix ans, vice-président de la Fédération collégiale du Québec et contre le dégel des frais de scolarité à l’époque, affiche maintenant des positions contraires. «J’ai fait ce débat il y a dix ans et ce n’est plus mon combat. Il faut compter que j’ai fait deux recherches, une en fin de bac et une autre au niveau de ma maîtrise en économie sur la question bien particulière des droits de scolarité et l’impact du dégel. […] Ma réflexion a évolué et je suis maintenant pour un dégel graduel et quantifié.»
Monsieur Laberge est d’accord avec la proposition du Parti libéral puisqu’on promet de transférer 25 % des montants supplémentaires obtenus grâce au dégel dans le système d’aide financière aux étudiants. Il spécifie que ce n’est pas par allégeance politique qu’il défend cette idée, mais par désir d’évaluer une politique publique intéressante. «S’il [Jean Charest] avait dit: on dégèle sans investissement dans les bourses, j’aurais été radicalement contre.»
Un pour tous
Le gel actuel permet aux enfants de parents bien nantis de payer le même montant que ceux issus de milieux défavorisés. Selon lui, une formation universitaire apporte un salaire plus élevé à l’individu qui rapporte à son tour plus d’impôt pour la société. «On constate que c’est rentable pour la société de faire graduer les gens. C’est donc raisonnable de subventionner l’éducation jusqu’à un certain point, mais le bénéfice est d’abord et avant tout pour l’individu qui s’instruit. Dans ce sens, il est logique que l’individu participe au financement de sa formation.»
Conséquences
Il met les étudiants en garde contre une position trop radicale qui pourrait les exclure du processus. Les métaphores guerrières, pancartes et mégaphones pourraient leur nuire et couper la communication avec le gouvernement. «Ce qu’il faut maintenant, c’est un débat avec des éléments fondés et que les étudiants expliquent pourquoi ils ne sont pas d’accord et ce qui les inquiète. Il faut être capable d’évaluer et de discuter sans que ça vire à la manifestation à chaque fois.»
«À partir du moment où on a une proposition claire sur la table, on peut en débattre et l’amender.»
Mathieu Laberge
Photo : Stéphane Brunet