La victoire de Gemma Raeburn
Le Service de police de Montréal blâmé
Résidente de Dollard-des-Ormeaux depuis 22 ans, Gemma Raeburn vient de gagner une longue bataille: deux policiers du Service de police de Montréal ont été reconnu coupables de propos inappropriés et inconvenants tenus lors d'une intervention chez elle.
En novembre 2004, les agents Isabelle Naud et Roger Carbonneau se rendent chez madame Raeburn, suite à l'appel d'une voisine qui croyait y avoir vu des cambrioleurs. Il s'agit en fait de deux amis noirs de madame Raeburn qui l'aidaient à nettoyer son garage. «C'était évident que nous n'étions pas des voleurs, mais de simples résidents faisant du ménage à 11 heures du matin! Les agents ont manqué de bon sens», estime la dame. Une dispute éclate, durant laquelle l'agente Naud suggère à l'un des hommes de «rentrer dans son pays». L'agent Carbonneau, tenant l'autre homme en joue, déclare que les balles de fusil ne distinguent pas la couleur de la peau.
Madame Raeburn porte plainte contre les policiers auprès de la Commission à la déontologie policière. Après un premier rejet pour insuffisance de preuve en janvier 2006, les deux agents finalement ont été trouvés coupables en février 2007. Leur sanction, pouvant aller de la réprimande à la suspension, ne sera déterminée qu'à la fin mars.
Le Comité n'a pas statué sur le caractère raciste des propos tenus. Mais pour madame Raeburn, cela ne fait aucun doute: «Cela ne serait pas arrivé si nous avions été blancs.» Selon elle, les Noirs sont souvent victimes de profilage racial à Dollard-des-Ormeaux. «Mon fils a souvent été interpellé par les policiers sans raison apparente.» Madame Raeburn affirme avoir perdu sa confiance dans les forces policières de Montréal. La Commission à la déontologie policière a reçu entre janvier et juin 2006 86 plaintes alléguant le racisme, dont plus de la moitié ont été reconnues fondées.
En guise de réparation, Mme Raeburn espère obtenir des excuses officielles des policiers. Elle se déclare malgré tout heureuse du dénouement de l'affaire. «J'espère que l'attention que mon histoire a reçue contribuera à rehausser les standards en matière de relations raciales dans la police. Le Canada change; nos communautés ne sont plus uniformément blanches. Il faut apprendre à vivre ensemble», conclut-elle.