La facétieuse Isabelle Gouyet a réussi à en faire marcher plus d'un dimanche dernier, le 1er avril, avec l'annonce d'un tout nouveau commerce illicite. Photo: Jacques Pharand
Poisson d'avril à L'Île-Bizard
Les petits et gros poissons de l'alimentation: cas d'espèce
«Mama Melon, bar de danseuses, ouverture bientôt», disait l'écriteau dans la porte du local vide, juste à côté de la Pâtisserie de L'Île-Bizard. Tout au long de la journée de dimanche 1er avril, les clients du petit commerce se sont exclamés, certains se sont même emportés.
«Dimanche, tout le monde est entré avec son commentaire», affirme en riant l'auteure du poisson d'avril, Isabelle Gouyet, copropriétaire de la Pâtisserie de L'Île-Bizard. «Et beaucoup de messieurs posaient des questions!» En ce mardi matin, les clients entrent et sortent de sa boutique, madame Gouyet les salue tous. Et ils l'appellent tous par son prénom. «Ma femme n’en revenait pas. Moi, j'ai bien pensé que c'était toi, Isabelle», affirme un homme qui a surpris notre conversation.
La blague s'est même rendu jusqu'au bureau du maire de l'arrondissement, et Richard Bélanger a reçu un appel d'un citoyen mécontent. «Je lui ai expliqué que nous n'avons pas émis de permis pour ouvrir un bar de danseuse et qu'en plus, c'est interdit par la réglementation municipale», explique le maire. «Après avoir raccroché, j'ai bien pensé qu'il s'agissait d'une farce.»
Retour à la source
Ce n'est pas un bar de danseuses qui aura bientôt pignon sur rue sur la rue Cherrier, voisin de la pâtisserie, mais plutôt la Boucherie de l'église qui déménagera dès le début de l'été. Cette entreprise familiale a longtemps été voisine de la pâtisserie, au coin de Chèvremont et Jacques-Bizard. «Je déménage pour me rapprocher d'Isabelle. On est des commerces complémentaires, explique le boucher et copropriétaire, Mario Hudon. Nous avons la même clientèle, la même mentalité et la même passion pour la nourriture.» Monsieur Hudon tient le fort avec ses enfants et sa femme, Johanne Bogdan. Ironie du destin, c'est un retour vers le village pour le commerce des Hudon-Bogdan, qui a commencé ses activités, il y a 15 ans, sur la rue de l'Église.
La pâtisserie elle, a déménagée il y a environ un an, lorsque le Supermarché IGA Saint-Raphaël a voulu agrandir ses locaux. Au départ, cette situation n'a pas plu aux propriétaires. Mais finalement, l'affaire marche mieux depuis le déménagement. Ils ont doublé la superficie de l'établissement et offrent plus de produits. «Ici, c'est une île, un petit village. La clientèle a suivi», explique la dame, qui tient boutique avec son mari, Philippe Gouyet.
Selon le propriétaire du petit centre de la rue Cherrier, Eik Klein, il y a des pourparlers avec des propriétaires d'une fruiterie présentement, pour l'occupation du troisième espace commercial, encore libre. «J'ai acheté en décembre 2003, avec l'idée d'améliorer la condition du bâtiment», explique monsieur Klein.
De l'eau pour tous les poissons
De plus en plus de grandes chaînes offrent des produits d'alimentations qui se rapprochent de ce que l'on trouve dans les marchés d'alimentation plus fins: IGA extra ou Métro plus, par exemple. En fait, les grandes surfaces font parfois mal aux petits commerçants, qu'importe le domaine.
Cela ne serait pas le cas à L'Île-Bizard, selon les principaux intéressés. «L'artisanat restera toujours l'artisanat. Comme je disais toujours, lorsqu'on vivait à Paris: "Commerce de proximité, c'est la vie de ton quartier"», affirme madame Gouyet, avec son accent chantant. Même son de cloche chez Mario Hudon, à la Boucherie de l'église. «Nous n'avons pas la même clientèle», explique cet artisan passionné. «J'ai vendu je ne sais combien de pièces d'agneau, par exemple, parce que j'ai expliqué au client comment l'apprêter. C'est la même chose avec le gibier, ou le bœuf.»
Le Supermarché IGA Saint-Raphaël emploie une cinquantaine de personnes. Le magasin subit un agrandissement majeur et la plupart des départements, comme celui de la poissonnerie, s'en trouveront agrandis. Des produits que l'on trouve dans les petits, moyens et grands commerces, selon le propriétaire, Jean-Louis Lalonde. Vise-t-il à couper l'herbe sous le pied des petits? Pas du tout, affirme le propriétaire, «Les deux [petits et grands] fonctionnent très bien ensemble.» Il rajoute: «Il y a des services que nous pouvons offrir de notre côté, que pourrait offrir difficilement les commerces plus petits. Je pense au service téléphonique par exemple, pour les personnes qui ont de la difficulté à se déplacer».