Bernard Landry a transmis sa vision du monde aux étudiants de Gérald-Godin lors de la conférence d’ouverture de la semaine des sciences humaines.
Photo : Jacques Pharand
Bernard Landry rencontre la relève
Semaine des sciences humaines au collège Gérald-Godin
Ce n'est pas tous les jours qu'un ex-premier ministre vient visiter les jeunes de l’Ouest-de-l’Île. Lundi dernier, Bernard Landry s’est adressé aux étudiants du collège Gérald-Godin dans le cadre d’une conférence sur le Québec et la mondialisation. Devant une salle comble, l'ancien chef de la nation québécoise n'a pas raté l’occasion d’émettre son idéologie politique tout en dressant le parcours historique du Québec.
Dans le brouhaha des conversations étudiantes, Bernard Landry s'est installé derrière une table sur la scène. Seul, il semblait affairé à organiser sa pensée. Après quelques mises au point des organisateurs, monsieur Landry a été invité à prendre la parole.
De prime abord, il a souligné que le collège porte le nom d’un de ses amis et ardent défenseur d’un état souverain pour le Québec, Gérald-Godin. «Il avait un humour incroyable et ne pouvait résister à prendre en note dans un carnet noir, les bourbes dites au conseil des ministres. J’ai continué à le faire moi-même après sa mort et un jour je les publierai peut-être.»
Il était très enchanté d’être devant ces jeunes, lui qui a choisi de redevenir enseignant et qui estime que c'est une excellente façon de communiquer ses conclusions aux générations futures. L'auditoire allait assister à un parcours historique bien étoffé du monde et du Québec.
D'hier à aujourd'hui
Monsieur Landry a été président de l’association des étudiants de l’Université de Montréal dans les années 60 et s’est battu pour établir un programme de prêts et bourses à l’époque. «Il n’en avait pas. L’univers québécois à bien changé en 50 ans. Nous étions 5000 étudiants dans toute l’université. Aujourd’hui, on en compte 15 000 seulement dans le département de sciences et de gestion de l’UQAM.»
«En 1960, le niveau d’éducation au Québec était l’un des plus médiocres au monde et aujourd’hui, il est un des plus élevés. Ceci est votre base pour affronter les défis de notre temps : la mondialisation», a-t-il plaidé. L’intelligence de l’homme et ses connaissances sont apparues indéniables. Pour détailler les défis de la mondialisation, il a parlé des quatre grandes libertés nécessaires: la circulation des biens, des services, des personnes et des capitaux. Il a aussi expliqué l'apport des nombreuses guerres qui ont repoussé les limites de la technologie et fait exploser les moyens de communication.
Il n'a pas oublié de souligner les aspects négatifs. Selon lui, il faut être très vigilant. «Il faut que ça soit compatible avec le droit humain. Il y a aussi une préoccupation environnementale par rapport à des excès de consommation possibles. Si les Chinois se mettent à copier notre style de vie, c'est impensable, la planète est alors menacée.» La disparition des langues est un autre danger qui pointe à l'horizon. «Le jour où on parlera tous un mauvais anglais, ce sera une catastrophe.»
On s'interroge
À la période de questions, il a dû répondre à des interrogations sur son retrait de la vie politique, sur la gratuité scolaire ainsi que sur les accommodements raisonnables. À la première, il répond qu'il a quitté dans l'intérêt du Parti et qu'il pensait que quelqu'un d'autre pouvait faire mieux. En second, il prône l’accessibilité à l’éducation pour tous, un principe absolu : «Il faut pousser au bout son intelligence, a-t-il exprimé. Je suis pour la gratuité effective pendant les études, mais rendu sur le marché du travail, on devrait repayer selon les revenus gagnés pour atteindre une meilleure justice sociale, c'est une hypothèse.» Et enfin, il est d'avis que ceux qui viennent au pays doivent s'accommoder, mais son ultime message aura été: «Je vous demande de reprendre le flambeau. Vous serez en mesure de construire un pays qui participera au concert des nations.»
Photo : Jacques Pharand